La décolonisation de L’Afrique 60 ans plus tard

Photo: Agence France-Presse (photo) Photo prise en janvier 1947 d’un jeune homme portant l’uniforme colonial en Afrique-Occidentale française.

Introduction

Il y’a de cela un demi-siècle, l’Afrique entière vivait sous le joug de la colonisation, mais après la deuxième guerre mondiale, on assista au retrait des puissances coloniales de l’Afrique qui va accéder après de multiples batailles à son indépendances. Les populations africaines ont accueilli la fin de la colonisation avec enthousiasme. L’accession à la souveraineté politique devait apporter, en même temps que la liberté, progrès et unité du continent.

la décolonisation de l'Afrique
la décolonisation de l’Afrique

L’optimisme des premières années se heurta malheureusement à nombre de difficultés, aussi bien politiques qu’économiques et sociales. Bien que le colonisateur soit parti, il a en effet laissé le continent dans le chaos et continue d’avoir une forte empreinte dans la vie des populations africaines dont les mentalités restent colonisées. Il est donc légitime de se demander 60 ans après les indépendances quel est le bilan de l’Afrique et comment elle peut se libérer de l’influence coloniale afin de devenir un continent souverain et émergent.

L’écrivain camerounais Achille Mbembe faisait déjà le constat en 2010, cinquante ans après les indépendances que les africains ne sont toujours pas libérés de la domination coloniale : « Nous voici donc cinquante ans après la décolonisation. Y a-t-il vraiment quoi que ce soit à commémorer ou faut-il au contraire tout reprendre ? […] Dans la plupart des cas, les Africains ne sont toujours pas à même de choisir librement leurs dirigeants. Trop de pays sont toujours à la merci de satrapes dont l’objectif est de rester au pouvoir à vie[1] ».

 

La décolonisation de l’Afrique : un bilan chaotique

Pour de parler de décolonisation, il convient tour d’abord d’expliquer le terme colonisation  qui a des sens multiples qu’il convient de bien distinguer. Selon Bainville, la colonisation renvoi à l’occupation, l’exploitation et la mise en tutelle d’un territoire sous-développé et sous-peuplé par les ressortissants d’une métropole.

Cette définition montre clairement que la colonisation renvoi principalement à la domination, l’oppression et l’exploitation. La colonisation a le mérite de fabriquer à la fois des colonisés et des colonisateurs, et les rapports entre les deux partis sont des rapports de domination et de supériorité de la part du colonisateur qui apparait dès lors comme le civilisateur et d’admiration et de crainte chez le colonisé qui est vu comme inférieur.

En analysant le bilan de l’Afrique un demi-siècle après les indépendances, on se rend compte qu’après la rupture du cordon ombilical, l’Afrique est devenue un continent sinistré partagé entre des endettements multiples et les conflits ethniques. Le manque de démocratie et l’économie malade freinent le développement du continent noir. L’Afrique qui avait bien démarrée est mal arrivée. Selon les chiffres les plus récents disponibles, les 45 pays de l’Afrique subsaharienne totalisent moins de 1% du P.I.B. mondial.

Denis Nardin le démontre de façon détaillée dans un article qu’il publie en 1990, trente ans seulement après la libération de l’Afrique : « La place de l’Afrique dans l’économie mondiale a baissé de plus de la moitié. Elle ne parvient plus à nourrir aujourd’hui que 1/3 de sa population […]. L’Afrique ne sait plus vendre ses matières premières, qu’elles soient agricoles ou industrielles[2] ».

Ce bilan de la décolonisation de l’Afrique donne à réfléchir sur l’avenir du continent. Cet état des lieux plus ou moins connu de tous est une sornette d’alarme sur la capacité de l’Afrique à se sortir du gouffre dans lequel elle s’est installée. Cet échec des Etats africains à se développer se justifie surtout par le fait qu’elle ne s’est en réalité jamais défait du joug de la domination coloniale. Si la forte présence des colons qui n’ont en réalité jamais quittés le continent est très souvent dénoncée, il est cependant indéniable que les états africains ont leur part de responsabilité dans cet état des choses.

La responsabilité de l’Afrique

Après 60 ans d’indépendance, l’Afrique n’est toujours pas indépendante et reste à plusieurs égards sous influence coloniale. Cet état des choses est souvent reproché à l’Occident, négligeant de ce fait la responsabilité de l’Afrique. En effet, bien que l’Afrique ait été confrontée à la domination coloniale et a été contrainte de subir pendant plusieurs années les affres de cette dernière sans avoir les moyens nécessaires pour se libérer et s’en sortir, elle a cependant un rôle à jouer pour sa libération.

Amadou Sadjo Barry, écrivain philosophe est clair à ce propos : Si l’Afrique veut se décoloniser, elle doit sortir de la tutelle dans laquelle elle s’est installée. Il affirme d’ailleurs que « si l’Afrique n’est pas encore souveraine, c’est parce qu’elle refuse politiquement, de sortir de cet état de minorité, de tutelle, dans laquelle elle s’est volontairement installée. Le temps est venu de savoir ce que peut l’Afrique pour elle-même, indépendamment du monde. Ainsi s’amorcera le début de la colonisation de l’Afrique par elle-même[3]. »

Ainsi, il est clair que la libération de l’Afrique dépend principalement d’elle et ne se fera que le jour où elle prendra conscience de son pouvoir géostratégique dans le monde. Pour cela, elle doit s’unir et être soudée afin de mettre sur pied des méthodes efficaces et être prête à payer le prix d’une indépendance véritable. C’est en ces termes qu’Achille Mbembe conclut : « Pour ma part, si les Africains veulent la démocratie, c’est à eux d’en payer le prix. Personne ne le paiera à leur place. Ils ne l’obtiendront pas non plus à crédit[4] ».

 

La décolonisation de L’Afrique: vers un nouveau départ

S’il est vrai que l’Afrique peut se libérer de la domination coloniale, l’on doit cependant reconnaitre qu’il faudra un véritable travail de fond pour y parvenir. Premièrement, l’Afrique doit cesser de tendre la main et commencer à se prendre en charge vu qu’elle regorge les ressources humaines et matérielles nécessaires pour y parvenir.

« L’Afrique a un potentiel illimité, a affirmé Michael Fleshman dans un numéro d’Afrique Renouveau paru en Aout 2010. En plus de ses populations jeunes et talentueuses, elle possède des richesses minières immenses, 40 % du potentiel hydroélectrique non exploité dans le monde et de “vastes ressources géothermales et solaires inexploitées[5]. » Voilà qui donne des raisons d’être optimiste et de ne pas perdre espoir car en plus des mouvements panafricanistes qui contribuent à un véritable éveil des consciences en Afrique, le continent attire davantage l’attention des investisseurs et fait mieux entendre sa voix dans les débats internationaux.

Les enjeux sont grands avec de nombreux défis à relever. Pour y parvenir, quelques actions s’imposent: réaménagement des institutions, création d’infrastructures, adoption de bonnes politiques, amélioration des systèmes de gouvernance etc.

L’un de ces défis est la nécessité d’articuler de nouveaux paradigmes de développement qui pourraient être conceptualisés comme alternatives à l’idéologie dominante néo-libérale. Certains cadres conceptuels et théoriques ont été proposés au cours des 15 dernières années, tels que le développement humain et les concepts de sécurité humaine, qui mettent en avant la nécessité de développer des approches centrées sur les personnes à changer. La poursuite de l’élaboration est cependant nécessaire ainsi que des outils, des méthodes et des procédés pour les concrétiser.

Il serait également important d’améliorer les systèmes de gouvernance et créer de solides Etats de développement: il s’agit de rééduquer les dirigeants et les populations à renoncer à la recherche de l’intérêt personnel pour aspirer à l’intérêt commun du pays. Construire des Etats solides et émergents en Afrique  ne sera jamais simple aussi longtemps qu’il y’aura manque de transparence dans les élections. Le taux de corruption ne permet pas qu’il y ait des fonctionnaires compétents aux postes stratégiques, des officiers au sein des armées et des cadres qui reviennent au pays après leurs formations à l’étranger.

 

[1] Achille Mbembe : cinquante ans de décolonisation Africaine, 2015, 137-144. Disponible sur : https://www.cairn.info.sci­hub.org/article_p.php?ID_ARTICLE=NAQD_030_0137

[2] Voir Nardin Denis. Lugan (Bernard) : Afrique, Bilan de la décolonisation. In: Revue française d’histoire d’outre-mer, tome 80, n°299, 2e trimestre 1993. pp. 358-360.

[3] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/02/16/si-l-afrique-veut-se-decoloniser-elle-doit-sortir-de-la-tutelle-dans-laquelle-elle-s-est-installee_6029778_3212.html

[4] Achille Mbembe : cinquante ans de décolonisation Africaine, 2015, 137-144. Disponible sur : https://www.cairn.info.sci­hub.org/article_p.php?ID_ARTICLE=NAQD_030_0137

[5] Michael Fleshman et al : Afrique, cinquante ans d’indépendance. Espoirs et défis. Disponible sur : https://www.un.org/africarenewal/sites/www.un.org.africarenewal/files/Africa-Renewal-August-2010-fr.pdf

 

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